Hommage à P’tite Mam

Posté par plgphilippeloiseaughezzo le 18 novembre 2012

En hommage à « P’tite Mam » Éliane Loiseau

  

À la veille de la première guerre mondiale,

Là-bas en Italie, tout à côté de Venise,

La ville des amoureux et ses mille ponts,

Naissait en octobre 1912, Piero Ghezzo,

Plus jeune professeur de peinture de l’Academia,

Futur artiste peintre, décorateur et architecte.

 

En pleine seconde guerre mondiale, en France,

À Saumur, une ville des bords de la Loire,

Voisine de l’Abbaye de Fontevrault,

Naissait en mai 1943, Éliane Loiseau,

Toute menue, élevée au lait de chèvre, brillante,

Future comptable, assistante puis secrétaire de direction.

 

Après le maquis, et le début d’une première famille,

Qu’il abandonne malgré deux petits enfants,

Piero quitte l’Italie pour la France, et surtout Paris,

Il va fonder une seconde famille, au Perreux,

Il aura une fille, s’entoure de ses livres et peintures,

Et réalise plusieurs projets à Paris et en Banlieue.

 

Après de belles et rapides études, Éliane, la littéraire,

Lit beaucoup pour se reposer des chiffres de la compta,

Elle construit son expérience dans de grandes maisons,

De Cholet à Angers, elle grimpe les échelons, vite,

Ses rêves aussi, et avec sa meilleure amie, Claudette,

Elles décident de monter à Paris, en pleines années 60’.

 

 

Piero, l’érudit, lit de plus en plus, peint et écrit,

Il buche la philosophie, la psychanalyse et l’histoire,

Il prépare en secret son entrée chez les Francs-Maçons,

Son passé le rattrape, en la personne de son fils,

Paolo, un jeune peintre qui rêve d’architectures,

Qui est venu jusqu’à Paris pour retrouver son père.

 

Éliane enchaîne les emplois et les grades,

Volontaire et déterminée elle ne cesse d’évoluer,

Elle est exigeante et sait faire payer ses qualités,

Elle retrouve sa tante parisienne et son fils, Thérèse et Jo,

Ils sortent presque tous les soirs, concerts et cinémas,

Théâtres et restaurants, ce sont des années fastes.

 

Piero, fidèle à ses origines, travaille avec des Ritals,

Dont notamment, du côté de la Place de la République,

Avec cette boite familiale de maçons, plâtriers et carreleurs,

Où Éliane vient d’arriver, il y a quelques semaines déjà,

Embauchée en tant qu’assistante de direction, et au bureau,

Ils se croisent … et Cupidon décoche ses flèches.

 

Piero quitte tout, une nouvelle fois, pour vivre à Paris,

Avec Éliane, dans son petit studio, non loin de la Répu’,

Tantôt avec Claudette et Jean, tantôt avec Thérèse et Jo,

Ils sortent beaucoup, s’aiment et bâtissent ensemble

De grands projets pour aller vivre en bord de Loire, au vert,

Loin des bruits de la ville, jusqu’à ce que …

 

L’inespéré ne se produise, après deux années infructueuses,

Voilà qu’arrive contre toute attente le fruit de tout leur amour,

Ce futur petit coquin qui naît en octobre 1967, à Paris,

Un scorpion, au grand damne de son père balance,

Pendant que les travaux se terminent dans leur futur logement,

À Fresnes, en proche banlieue, au lieu de Denfert-Rochereau.

 

Piero a 55 ans, Éliane 24, ils vivent un grand bonheur

Et un amour parfait, en tous points, ce sont de belles années

Qui graveront en eux leurs plus beaux souvenirs, durant 4 ans,

Puis le temps s’assombrit et passe trop vite, bien malgré eux,

Les décès se succèdent, chaque année, Raoul le mari de Thérèse,

Puis Claudette sa meilleure amie, et Piero, l’amour de sa vie.

 

1974, la pire année pour elle, Éliane n’a que 31 ans,

Malgré son fils qui a maintenant 7 ans, elle se sent seule

Dans cette banlieue sans vie, triste et face aux champs,

En ce début de sombre printemps, Philippe changera d’école,

Ce sera plus facile pour le récupérer le soir après le travail,

De petit ange taquin il devient solitaire et agressif, chacun s’isole.

 

Même si Philippe est conscient de la situation, il la subit

Sans pouvoir apporter d’aide et ses besoins de tendresse

S’amplifient et restent inassouvis, Éliane déteste les câlins,

Sans aucun autre choix et pour s’en sortir seule, avec fierté,

Elle occupera deux emplois parallèles, un au bureau, le jour,

L’autre la nuit, à la maison, ils ne se voient que lors des repas.

 

Éliane tient bon, surtout pour son fils, quoiqu’il arrive,

Elle réglera toutes les dettes, finira de payer l’appartement,

Trouvera une place à Arcueil, très bien payée, qui les mettra

A l’abri de tout, mais le temps passe sans guérir les plaies,

Éliane fume beaucoup et continue à boire régulièrement,

Seule dans son fauteuil, le soir, en écoutant de l’opéra.

 

Leurs seuls moments ensemble sont les dictées du dimanche,

Quelques fois une toile au cinéma, un repas chez Thérèse,

Le petit joue souvent seul, avec des bouts de rien,

Il détruit ses jouets, le plus souvent, et s’isole dans le bureau

Où il sent parfois encore la peinture à l’huile de Piero,

Il a peu de souvenirs de lui, et trop jeune pour lire ses livres.

 

Éliane ne peut l’aider qu’en français, il est très doué,

Un peu trop même, il finit avant les autres et fait le tour des

Tables pour aider les autres, TB partout sauf en conduite,

Elle est convoquée presque tous les samedis à l’école mais

Elle ne le dispute pas, il est tellement renfermé sur lui-même,

Et si bagarreur dès qu’on parle de son père ou de l’Italie !

 

Éliane l’inscrira à beaucoup de sports, seul le judo le calme,

Et leurs promenades à la Roseraie de l’Hay-les-Roses,

Les grandes marches autour du lac du Parc de Sceaux,

Ainsi que tous les mois de juillet en colonie de vacances,

Et par-dessus tout, ses séjours à la campagne chez ses grands-

Parents à la Ferme, auprès de son Papy, un grand homme.

  

Auprès de lui, le petit fera le plein de tendresse, chaque été,

Comme une délivrance de l’année passée avec ses peines,

Ses manques et ses questions qu’il réfrène en lui,

Il apprend les valeurs humaines et de la terre, simplement,

Son grand-père, un homme fort, silencieux et renfermé,

Partage avec son plus petit-fils de doux et chauds silences.

 

Éliane ne se console pas de son chagrin, sans en parler,

Sans le partager avec quiconque, un peu comme son père,

Elle redevient un chat sauvage que les autres n’intéressent pas,

Elle lâche prise au fil des années qui passent, elle se rend

Hermétique à toutes émotions et s’abandonne à l’alcool,

Chaque soir, seule, pour oublier ce qu’est sa vie, ou pour la nier.

 

Éliane est dure avec son fils pour le pousser toujours plus haut,

Pour qu’il devienne fort en tout, au détriment des sentiments,

Elle lui inculque des phrases amères, mais réalistes,

Qui le forgeront jusqu’à ses vingt ans, quand il quittera Fresnes,

Il est salarié à plein temps et en école d’archi, façon touriste,

Apprenant toutes les bases en agence, il réussit et fonce.

 

Il accumulera les erreurs de jeunesse mais rien ne l’arrête,

Il ne veut que des amis, pas de copains, ça ne sert à rien,

Et même les amis, de toutes façons ils s’en iront au moindre

Vent contraire, dixit Éliane quand Piero est décédé …

Philippe est dur et perfectionniste, les journées de 24 heures

Sont trop courtes et il brûle sa jeunesse, sans tendresse.

  

Éliane l’a prévenu, pour son mariage, pour son divorce,

Mais elle est toujours présente, et Fresnes est son refuge,

Comme pour lui qu’elle accueille à chaque déception,

Ils se parlent peu en terme de sentiments, le fossé et les manques

Sont désormais trop grands, insurmontables pour eux deux,

Ils vivent en parallèle, sans jamais se dire je t’aime.

 

Les années continuent de passer et de les opposer,

Chacun avec leur détresse, leurs manques, leurs silences,

Éliane se réfugie dans le travail le jour, et l’alcool la nuit,

Son fils enchaîne les boulots pour grimper les échelons,

Et fuir les manques qu’il n’arrive pas à combler, quoiqu’il fasse,

Piero leur manque à tous les deux, marqués au fer rouge.

 

Malgré une thérapie et une longue cure de désintox’ à Hoche,

Éliane reprendra ses mauvaises habitudes, consciemment,

Ou pas, pour ne plus subir cette vie qui l’agace et l’use,

Elle délaisse ses passions, interrompt ses tentatives, peste et

Maudit ce monde qui devient fou, où trop d’humains sont tordus,

Et où sa solitude grandit, sur tous les plans, désespérément.

 

Le tabac et l’alcool lui donneront deux cancers, elle résistera,

Même si elle est touchée, rien ne semble plus pouvoir l’atteindre,

Depuis 98’ elle fait la tournée des hôpitaux et des cliniques,

Son fils est toujours présent, qu’il le veuille ou non,

Ils ne sont que tous les deux et la famille s’amenuise,

Papy s’éteint, quelques années après son épouse aussi.

  

Philippe se réfugie et s’acharne sur le boulot, sans vacances,

Il n’est jamais bien loin de Fresnes, ils se voient régulièrement,

Il assiste impuissant à son déclin, après toutes sortes de discussions

Sans entente et d’échanges inutiles, il baisse les bras,

De toute façon Éliane choisit irrémédiablement sa vie,

Ou sa non-vie, par l’autodestruction, jour après jour.

 

Jusqu’à la fin 2011, tous les médecins qui la croisent lui

Disent clairement qu’elle est une rescapée, une survivante,

Elle, ce petit bout de femme de 37 kilos, et encore …

Mais rien ni personne n’y change rien, elle continue de sombrer,

Depuis que son neveu Michel est décédé, elle a pris un sérieux

Coup de vieux sur la carafe, pourquoi lui si jeune, et pas elle ?

 

Ses stages médicaux sont de plus en plus longs, rien n’y fait,

Elle a beau détester ces environnements, l’emprise est trop forte,

Le tabac et l’alcool reviennent toujours à la charge, ils l’aident

À oublier ses interminables nuits sans sommeil, ses journées

Mornes et tristes où elle ne quitte plus son appartement,

Même son appétit d’oiseau disparaît, chaque jour un peu plus.

 

La tristesse, le désespoir, l’abandon, tout y est, la vie est nulle,

Tout la fait chier, elle n’est accessible que quelques heures,

Quand elle est à jeun, même quand son fils vient diner, elle dort,

Elle vieillit et s’affaiblit de plus en plus rapidement, à Noël 2012,

Le toubib a été clair, votre cœur est fatigué, bien de trop,

Et vous ne faites rien pour l’aider, ni pour vous …

 

Lundi 12 août 2013, sans aucune réponse depuis le matin,

Son fils déboule à l’appart’ à midi, cette fois c’est trop tard,

Elle est allongée sur son canapé, le visage paisible bien que figé,

Éliane a l’air détendu, elle n’a même pas du s’en rendre compte,

Sous son tableau préféré de Piero : le printemps, plein de couleurs,

70 années qui s’achèvent en douceur, après tant de tristesse.

 

Il s’occupe de tout, seul, heureusement que son Angie est là,

Mais il préfère rester à Fresnes quelques jours, en solo,

Pour tout régler, pour dire adieu à sa p’tite Mam’ et à ce musée,

Où seuls sont présents les souvenirs et tous ces bouquins et tableaux,

L’appart’ semble vide sans cet embryon de vie qu’elle était,

Pourvu qu’elle retrouve son Piero, et tous les autres …

 

Depuis quelques mois déjà Philippe s’y préparait, mais seuls

Ceux qui restent ont de la peine, faut se faire une raison,

Nous naissons tous pour mourir, un jour ou l’autre, telle est la vie,

Éliane est redevenue poussière, au jardin du souvenir,

Dans ce cimetière de Fresnes, où elle sera seule, une fois de plus,

Où il pourra aller la voir, enfin … façon de parler.

 

Après 150 cartons, quelques rayonnages de bibliothèque,

Une table et quelques objets, une trentaine de tableaux,

Le tout entassé dans un entrepôt, toujours à Fresnes,

L’appartement a été vendu, le couple et leurs deux petites

Pourront y construire leur vie, que je leur souhaite belle,

Adieu p’tite Mam’, adieu Fresnes, restent tous mes souvenirs.

 

Sans l’avoir assez dit : je t’aimais, je t’aime maman.

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